Plus de mille photos sur ce blog. J’ai appris pas mal de choses en prenant puis en publiant ces photos.
La première, c’est que je pourrais continuer indéfiniment sans me lasser.
La seconde c’est que je vais avoir un coup de blues lorsque je vais arrêter. La routine de la publication quotidienne de 24 photos, la sélection, la rédaction des titres, l’inquiétude lorsque je ne prends pas de photos pendant 48 heures et que je vois fondre ma réserve… Tout ça, je m’y suis attaché.
Mais il y a d’autres choses.
Il y a cet océan de photos que j’ai créé. Je m’y perds moi-même, je ne sais plus ce qui s’y trouve. Je peux devenir un visiteur de mon blog et être surpris de trouver telle ou telle image que j’avais oubliée.
Evidemment, je ne l’ai pas vraiment oubliée. Chacune de ces images représente pour moi un instant précis, et je me souviens parfaitement du moment de la prise de vues : qui se trouvait avec moi, vers où j’allais, ce que j’avais en tête…
Un océan de photos, mais aussi un réservoir d’instants que je peux retrouver au détour d’un clic. Un réservoir d’instants récents, qui n’appartiennent qu’à moi. Chacune de ces images, en plus de sa vie propre en tant qu’image, possède une vie propre à l’intérieur de moi, en tant qu’instant de ma vie.
Oui mais j’ai un autre océan de photos.
Sur mon ordinateur. Plus de 50 000 photos prises au cours de ces dernières années. Depuis 2002 exactement, depuis l’achat de mon premier appareil numérique. Plus de 50 000 instants précis de ma vie.
Et cette mémoire qui fait qu’à chacune de ces photos j’associe avec précision le contexte, l’instant de la prise de vues, la personne que j’étais, la personne avec qui je me trouvais. Oui, on peut dire que pour moi, chacune de ces photos est une photo-souvenir : un souvenir en plus d’une photo.
Un océan de 50 000 souvenirs qui, contrairement à “Une photo par heure”, représentent une menace, une souffrance. Car toutes ces photos appartiennent à une période de ma vie à laquelle je ne peux pas penser sans souffrir.
Une photo par heure, je l’ai compris hier soir, c’est un projet pour créer un océan de photos dans lequel je me reconnaisse, un projet pour tourner la page, pour ne plus souffrir à chaque fois que j’ouvre ma collection de photos. Créer un océan de photos qui me fasse du bien. Me réconforter, à travers ce procédé tordu et obsessionnel.
Et peut-être, un jour, revoir Barcelone, Sarajevo, New York et tous ces lieux, revoir ces visages qui dorment sur mon disque dur. Les revoir avec détachement.
En attendant, les noyer au rythme d’une photo par heure.
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